Début 79, Trust avait quelque peu disparu de la circulation et le public commençait quelque peu à s’inquiéter … La presse s’efforçait de maintenir la pression en continuant à parler du groupe !
ROCK & FOLK – FEVRIER 79
TRUST
« Après une malencontreuse entrevue avec le label Pathé et un single qui restera dans les annales, Trust vient de signer chez CBS un contrat de grande envergure. Les Lavilliers du rock vont bientôt pondre un album qui sera oh ! surprise produit par notre confrère Hervé Muller bien connu des services secrets journalistiques. Cet album est un événement car il sera réalisé en Angleterre dans les célèbres studios Scorpio. On attend beaucoup de cette alliance, qui de toute évidence peut créer un choc dans la production des albums de groupes français. Les titres de l'album sont sauvages et réalistes emmenés par leur locomotive « Bosser Huit Heures » qui pourrait bien faire un tube à mon avis. Musique cosmopolite, brute et pleine de charmes, à la fois qui pourrait bien bouleverser notre etablishment. La firme CBS qui a signé le groupe fait actuellement un effort sérieux sur cette nouvelle production. De plus, vu le nom du producteur il est à prévoir bon nombre de Guest Stars sur cet album. Les éternels amis de notre confrère en l'occurrence Les Pistols sont conviés à la fête dans la mesure de leurs possibilités bien sûr. Mais déjà des noms sont avancés et pas les moindres, Bob Tench le génial guitariste chanteur du défunt Jeff Beck Group et Max Middleton le non moins célèbre pianiste de Rod Stewart par exemple. Le groupe chante en français, ça vous le savez tous, mais l’impact qu'ils vont donner cela i1 vous reste à le découvrir. Un album qui devrait voir le jour vers Mai/Juin dont la confection de la pochette sera assurée normalement par le monsieur qui conceptualisa celle des Pistols. »
De son côté, Rock Hebdo pensait tenir un scoop …
ROCK HEBDO – FEVRIER 79
« De grosses surprises à l’enregistrement de l’album de Trust qui aurait lieu en Angleterre. On annonce comme Guests Stars, pas plus que Steve Jones évidemment, mais encore Bob Tench ; Max Middelton aux claviers et certains autres dont on ne dévoilerait le nom qu’en fin de parcours. »
Et puis arrivait l’album tant attendu ! En juin 1979, Patrick Coutin de Rock & Folk interviewait le groupe avant de présenter l’album un mois plus tard …
ROCK & FOLK – JUIN 79 (Par Patrick COUTIN)
ACTUALITES – TRUST
« Un passage remarqué lors d'un « Blue Jean » de juin 78, quelques concerts killers dans la foulée, l'annonce d'un contrat avec CBS (on a même chuchoté que c'était le meIlleur contrat qu'un groupe français ait décroché), puis plus rien ou presque … Et subitement : Trust à Londres. Séances d'enregistrement la nuit, et une occupation le jour : dévaster consciencieusement le très chic hôtel d'Oxford Circus qui a commis l'erreur de leur accorder l'hospitalité. En attendant, ils ont quand même réussi à me faire écouter leur disque. Les volumes étaient à dix. La bande n’était pas encore sortie du studio, toute fraîche, ruisselante de la fatigue et de la tension accumulées en trois semaines d'enregistrement. Virulente, vicieuse. Un son énorme. J'attendais une orgie punk, j'étais mal informé. J'ai trouvé un rock concentré et lourd, dirigé vers un seul but : tuer !
TRUST. – Punk ? Non ! Ca ne veut rien dire en France. Lorsque tu vis à Londres et que tu vois la différence entre les quartiers riches et l'incroyable misère autour, tu comprends le pourquoi du punk. A Paris ce n'était qu'une mode, récupérée avant même d'avoir existé. Trust est plutôt un groupe de hard rock. C'est la musique qui colle à nos textes, elle dit ce qu'on a envie de dire avec la violence qu'on veut.
R & F – Justement, les textes sont très agressifs. A la limite, on pourrait dire qu'ils sont politiques.
T. – Les textes ne sont pas politiques. bien sûr « L'Elite » parle de Prague, de l'arrivée des chars russes, « Bosser Huit Heures » est une chanson sur le travail et le chômage, « Pas une Thune » sur les élections. Elle dit : « La gauche qui virevolte et la droite qui s’enrhume / J’écoute et dans mes poches j’ai toujours pas une thune. » Ce sont plutôt des textes de révolte que des textes politiques, ils parlent de la vie de tous les jours mais ils ne disent pas allez vers tel ou tel parti.
R & F – Il y a aussi des chansons plus sarcastiques ou plus distantes comme « Palace » ou « Le Mateur ». Sur ces dernières, la musique est très arrangée, bourrée de trouvailles, de gimmicks …
T. – C’est une autre façon d'être violent. Plus vicieuse, plus contenue. Elle s'amasse et elle explose. On voulait faire un album vraiment musical. C’est pourquoi, lorsque l'occasion s’en est présentée, nous avons fait jouer des musiciens supplémentaires. Max Middleton, l’ancien pianiste du Jeff Beck Group, des cuivres, les choristes de Tina Turner …
R & F – Je trouve étrange que beaucoup de grands groupes étrangers viennent enregistrer à Paris ou sur la Côte d'Azur pendant que la plupart des groupes français vont, eux, enregistrer en Angleterre ou aux U.S.A. Pourquoi avez-vous décidé d'enregistrer à Londres ?
T. – Pour plusieurs raisons. D'abord nous voulions Denys Weinreich comme ingénieur du son. Or il a l’habitude de travailler au Scorpio Sound Studio. Il y a aussi le fait que les studios français sont très chers et que s’ils sont en général aussi bien équipés que leurs homologues anglais, les ingénieurs, par contre, n'ont pas l'habitude de travailler avec des groupes de rock.
R & F – Depuis les concerts au regretté Swing Hall – et mis à part votre passage en première partie d'AC/DC – on vous a peu vus. Comment cela se fait-il ?
T. – Nous avons signé avec CBS, mais nous avons dû attendre que l'on nous donne le feu vert pour le disque. Ca a pris une année, et ce fut très dur pour nous. Heureusement, maintenant ça repart avec une tournée française et une rentrée parisienne à l’O1ympia, en juin.
R & F – A côté de cela, on dirait bien que vous avez juré de vous faire une réputation de fouteurs de merde …
T. – Oui, on aime bien déconner. Je dois dire que c’est une de nos occupations favorites. En général, quand on passe quelque part, on laisse des traces.
R & F – J'ai entendu l'histoire suivante : un jour de printemps, au bout de l'île Saint-Louis, un brave policier prenait le frais assis sur un banc lorsqu'une horde de sauvages déboucha en hurlant et le bombarda d'œufs pourris. Certains attribuent ce fait d'armes aux éléments les plus radicaux de Trust.
T. – Il ne nous est pas possible de répondre à cette question, des fois que le Quai des Orfèvres soit abonné à « Rock et Folk ». Mais ce qui est sûr, c’est que les œufs n'étaient pas pourris. »
Concernant l’album, il n’hésitait pas à s’engager dessus …
ROCK & FOLK – JUILLET 79 (Par Patrick COUTIN)
TRUST .
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« Côté rock français, on sait désormais où on va. Il y a Téléphone et les autres. Du moins en termes de chiffre de vente. Parce que, comme chacun sait, quand on manque d'imagination, rien ne vaut un bon bilan pour vous montrer le chemin de l'art ... S'agit pas de taper sur Téléphone, ça serait comme pas avoir la reconnaissance du ventre, ça serait avoir l'amour éphémère et mesquin, possessif et triste. Non, il s'agit de taper sur tous ces pauvres malheureux qui ne pensent qu’à sortir un « autre Téléphone ». Les derniers coups du genre m'ont foutu la larme à 1'oeil. Et c’est justement ce qui m’a intéressé chez Trust, le fait que leur musique n'ait rien à voir avec Téléphone. Pas des anti-Téléphone, juste quelque chose d'autre. Or, dans ce rock français qui déjà se sclérose, rien que ça vous ferait mériter une palme. Celle du sauvetage. Mais là ne se limite pas l'originalité de Trust. Car, sur la question, ils ont été remarquablement servis : Flush Royal. Ce qui est très emmerdant d'ailleurs, car lorsqu'il faut parler d'une musique que personne n'a entendu (ce n’est qu’une question de temps), 1e plus efficace c'est encore de dire « ça ressemble à cela, avec un zeste de Untel, mais avec un peu de ceci en plus, sans oublier le soliste qui vous rappelle les meilleurs moments de X ».
Je vais quand même essayer, mais j’avoue, c'est tiré par les cheveux … Parlons de l'organe de Bernie. Il a un petit quelque chose de Lavilliers, Bemie. Ce côté grande gueule qui s'embarrasse pas de préjugé. Le timbre de la voix aussi, et ces paroles qui vont droit au but. A Bernie, Je lui dis « Tes textes sont politiques ». Lui me répond : « Pas du tout, ils parlent de la vie. »
Voyons voir la musique maintenant. Trust a le hard rock dans le sang. Le groupe qui les fait bicher s'appelle AC/DC. Au point d'ailleurs que la seule reprise de ce disque qui est aussi le seul titre chanté en Anglais, a été écrit par AC/DC. Un blues, « Ride On ». J'en profite pour vous signaler qu'à ma connaissance, Trust est le seul groupe français avec Backstage qui soit capable de se cogner un blues. Et je sais de quoi je parle. Malgré tout, c'est quand même du côté des riffs saignants et des rythmes bastonnés qu'ils trouvent leur bonheur, les gars de Trust. Avec quand même l'intelligence suprême de retenir le direct au foie, le temps de vous laisser ouvrir la garde. Cette retenue intense et violente, ils ont su particulièrement la mettre en valeur sur « Palace » et sur « Le Mateur ». Mais, d'une manière générale, ils ont surtout réussi à faire le premier disque de hard rock français qui ait le son, donc le punch. C'est direct, violent, puissant, sans la moindre concession et absolument efficace. »
En août 1979, le même Rock & Folk se fendait d’un reportage sur les maisons de disques et donnait la parole aux Directeurs Artistiques des CBS et de WEA … Bien évidemment, Trust était mis sur le tapis !
ROCK & FOLK – AOUT 79
REPORTAGE SUR LES MAISONS DE DISQUES (EXTRAITS)
(…) « Bon. je baisse un peu la radio et je vais chez CBS, les heureux signataires de Trust. ceux qui ont innové en emboîtant le pas aux maisons étrangères : les artistes CBS sont, dit-on, salariés. Je suis reçu très convivialement par le Directeur de la Production Française, moustache sereine et nœud papillon en pleine canicule, Philippe Duwat.
PHILIPPE DUWAT - Comme toutes les compagnies, CBS pratique actuellement une politique de restriction au niveau de la production française. Mais, parallèlement à tout cela, force nous est d’admettre qu'une certaine musique a pris plus d'importance, et nous lui accordons la place qu'elle mérite. En ce qui concerne l'aide que la société apporte aux groupes, je crois qu’il faut prendre conscience qu'un groupe n'existe que s'il fait de la scène. Donc, le groupe doit pouvoir donner le son le plus proche du disque. Il est évident que ceux qui démarrent n'ont pas la possibilité d'acheter du matériel. C'est 1à que la société doit aider les groupes. Trust a enregistré en Grande-Bretagne, Shakin’ Street aux Etats-Unis, Edith Nylon à Ferber, considéré comme un excellent studio. CBS a toujours essayé de donner aux artistes des conditions de travail optima. De plus en plus, nous essayons de comprendre que le quotidien doit être assuré par la société qui, d’une certaine façon, doit être considérée comme un employeur afin de leur apporter une certaine garantie financière qui leur permet de penser davantage à la musique, à leur carrière plutôt qu’à la note de téléphone ou aux huissiers qui sont à la porte. Les groupes sont aidés selon leurs besoins.
Il est intéressant de noter que chez WEA, on pratique une politique totalement différente sur ce terrain. L'homologue de Philippe Duwat, Jean Mareska, n'hésite pas à affirmer radicalement le contraire.
JEAN MARESKA - Si pour l'instant nous n'avons - hormis Week End Millionaire - aucun groupe français à notre catalogue, c’est que nous n'avons rien trouvé qui ait un caractère d'originalité suffisant. Le propos d'une maison de disques, pour nous, c'est de donner à des artistes le meilleur moyen d’exercer leur art. Pas de leur filer des bagnoles. Quand Trust a dit : « On veut treize briques pour faire notre album », on a dit OK. Quand ils ont dit : « On veut treize briques d'avance », on a dit pas question. Pour récupérer vingt-cinq briques, il faut vendre 40000 albums et on n’était pas follement branché sur Trust au point de penser atteindre une telle vente. Car il n’y a pas autant de différence entre Trust et Téléphone qu’il y en avait entre les Kinks et les Moody Blues. On aurait trouvé le troisième pion entre Bijou et Téléphone, il ne fait pas 1'ombre d'un doute qu'on aurait essayé de travailler avec. » (…)
En octobre 1979, Best et Rock & Folk annonçaient sur une pleine page la tournée Trust qui commençait le 29 septembre à Annecy avant de partir visiter les villes d’Amiens, Reims, Metz, Strasbourg, Mulhouse, St Claude, Firminy, Rennes, Orléans, Villeneuve St Georges, Cherbourg, St Malo, Lyon, Besançon, Dijon, Autun, Roanne, Privas, Nîmes, Montpellier, Marseille et Toulon en octobre ; Chartres, St Quentin, Nevers, Troyes, Bourg en Bresse, Rouen, Tours, St Brieuc, Limoges, Bordeaux, Peau, Toulouse, Clermont Ferrand, Grenoble, Valence et Roubaix en novembre et enfin Bruxelles, Charleroi, la Suisse et l’Italie jusqu’au 22 décembre … Vous avez dit marathon ?
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